Article issu du magazine communautaire N°29 | Printemps 2026
Le sol, vivier pour le vivant
« Il y a plus d’êtres vivants sous terre que sur terre, mais on n’y fait pas attention ». C’est animé par cette conviction qu’Éric Jouzel pratique, depuis bientôt 20 ans, sur ses 120 hectares, une agriculture de conservation des sols. Installé à Amanlis, l’agriculteur produit du lait, du poulet, et cultive (blé, maïs, luzerne et prairies). Il travaille avec les plantes, pas avec les machines. « Et moins je travaille le sol, mieux je me porte ! »
C’était l’objectif premier, quand il a commencé : réduire la main d’œuvre dans les champs. La dimension agronomique s’est ensuite imposée. « Le principe : penser à celui qui habite dans le sol, le respecter et lui donner à manger, l’enrichir en oligo- éléments, et le laisser travailler à notre place. » La CUMA (Coopérative d’utilisation du matériel agricole) d’Amanlis a participé à cette nouvelle agriculture en semant le même couvert de phacelia, fenugrec, vesce, féverole, trèfle, des plantes oubliés mais que nos ancêtres utilisaient.
Progressivement, et après plusieurs formations, Eric Jouzel constate les changements, au niveau des sols et de l’eau. « La relation sol, plante, animal, humain est primordiale, cela se ressent sur les animaux. Ils se portent mieux. Je fais aujourd’hui des choses que je ne pouvais pas faire avant : du lisier de bovin sur le blé et cela marche bien. C’est aussi un antifongique ! donc j’ai réduit les antifongiques. » Convertir à ces pratiques n’est pas évident. « Il faut être convaincu. Travailler, semer dans le vivant, comme semer du blé dans de la luzerne, c’est tout de même une technique, compliquée au départ » reconnait celui qui se sent pourtant de moins en moins isolé.